jeudi 8 décembre 2011

La justice de Dieu (Is 11, 1-10 ; Lc 10, 21-24)



Commentaire d'évangile fait aux frères le mardi 29 novembre 2011
Lecture du livre d'Isaïe
Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l'esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur, qui lui inspirera la crainte du Seigneur. Il ne jugera pas d'après les apparences, il ne tranchera pas d'après ce qu'il entend dire. Il jugera les petits avec justice, il tranchera avec droiture en faveur des pauvres du pays. Comme un bâton, sa parole frappera le pays, le souffle de ses lèvres fera mourir le méchant. Justice est la ceinture de ses hanches ; fidélité, le baudrier de ses reins. Le loup habitera avec l'agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l'ourse auront même pâturage, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s'amusera sur le nid du cobra, sur le trou de la vipère l'enfant étendra la main.
Il ne se fera plus rien de mauvais ni de corrompu sur ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer. 
Ce jour-là, la racine de Jessé, père de David, sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
Jésus, exultant de joie sous l'action de l'Esprit Saint, dit :
« Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l'as voulu ainsi dans ta bonté. Tout m'a été confié par mon Père ; personne ne connaît qui est le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. »
Puis il se tourna vers ses disciples et leur dit en particulier :
« Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car, je vous le déclare : beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l'ont pas entendu. »

                                                                                                                                                                   
         « Il ne jugera pas d’après les apparences ; il ne tranchera pas d’après ce qu’il entend dire. Il jugera les petits 
         avec justice ; justice est la ceinture de ses hanches ; »
            Ces versets d’Isaïe sont vraiment révolutionnaires. Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas entendu cela. La justice existe, l’attention au plus pauvre, plus petit aussi. Mais dans notre monde est-ce bien possible ?
            La question est légitime.
« Le loup habitera avec l’agneau », cela nous fait bien rire si l’on pense à la fable Le loup et l’agneau de Jean de la Fontaine. Si on regarde la réalité en face, on se range du côté de la Fontaine. Cette fable commence ainsi :
« La raison du plus fort est toujours la meilleure, Nous l'allons montrer tout à l'heure ». L’agneau boit tranquillement dans un cours d’eau. Un loup affamé arrive et commence à lui chercher des noises. Sois disant, l’agneau se serait moqué de lui alors qu’il n’était même pas né. Bref, le loup cherche une excuse pour assouvir sa faim.
« Là-dessus, au fond des forêts, Le Loup l'emporte, et puis le mange, Sans autre forme de procès. »
Il est donc dur de ne pas sourire en entendant la prophétie d’Isaïe. De plus, on veut nous faire croire qu’un rejeton a l’esprit du Seigneur, qu’un nourrisson s’amusera sur le nid du cobra.
C’est quand même incroyable !
            Et pourtant, nous avons fondé notre foi sur une parole, un témoignage, celui du Christ !
« Beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. » (Lc 10, 24)
Nous ne sommes plus au temps des prophéties, nous sommes au temps de l’accomplissement.
Et nous attendons le retour du Sauveur, celui qui a pris notre humanité pour nous unir à sa divinité, celui qui s’est fait pauvre, qui a jugé et qui jugera les pauvres avec justice.
Oui, nous pouvons dire que le rejeton du livre d’Isaïe sur qui repose l’esprit du Seigneur : « esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur » ce rejeton, ce rameau sorti de la souche de Jessé, c’est le Christ.
Alors, nous connaissons le Juste mais où est-elle sa justice qui verra le veau et le lionceau manger ensemble, la vache et l’ourse avoir même pâturage ?
Et bien, elle est là et elle n’est pas encore, du moins en plénitude. Pourquoi ? Parce que tous ne l’ont pas encore reconnu, les sages et les savant n’ont pas encore eu l’humilité d’accepter d’ôter le voile de la connaissance qui enferme Dieu en un système de pensée, ils n’ont pas encore eu l’humilité de se tourner vers l’enfant Dieu !
Où sont-ils ces sages et savants ? Nous le sommes. Nous le sommes lorsque nous préférons être à l’image du loup de La Fontaine, sûr de nos capacités. Nous sommes pauvres et justes lorsque nous avons l’humilité d’être des serviteurs et de nous confier à Dieu, d’accepter de nous abandonner dans celui que nous pensons faible et qui se révèle être richesse.
Les attitudes de l’agneau, du lion, de la vache, du cobra chez Isaïe révèlent la justice de Dieu car elles sont sorties de leur instinct de bestialité.
            Ce temps de l’Avent nous invite donc à arrêter de ruminer dans notre coin comme des bêtes et à nous convertir ! Retrouver en nous ce désir du Christ qui mène à Dieu, ce désir de paix qui mène à la louange, cet émerveillement de voir dans le tout-petit le visage de Dieu.
            Alors avec le psalmiste, nous pourrons chanter dans l’espérance :
« En ces jours-là fleurira la justice, grande paix jusqu’à la fin des lunes ! »

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